Dans la presse

BACHTRACK - 3 septembre 2019

Après Annecy, c'est à Saint-Jean-de-Luz que l'Orchestre Français des Jeunes poursuivait hier sa tournée estivale. Invités par le Festival Ravel qui rend hommage au célèbre compositeur du Pays basque, les jeunes musiciens se sont illustrés dans un programme qui leur ressemblait, tout de fraîcheur et de vivacité. Le public de la cité balnéaire, venu en nombre pour les accueillir, gardera longtemps le souvenir de cette soirée éminemment musicale.

Fabien Gabel © Gaëtan Bernard
Fabien Gabel
© Gaëtan Bernard

Pour les présentations, ce sera l'ouverture de Béatrice et Bénédict, opéra-comique de Berlioz. Le ton est tout de suite donné : la clarté de l'exécution s'impose avec évidence et la limpidité du jeu, que seule permet une écoute attentive des musiciens entre eux, éclaire les subtilités mélodiques et rythmiques de l'écriture de Berlioz. L'acoustique large de l'église Saint-Jean-Baptiste – édifice original et richement orné – aurait pu être périlleuse dans cet exercice virtuose mais Fabien Gabel, en chef consciencieux, sait obtenir de ses musiciens la netteté du son et l'intelligibilité du texte par une gestique qui ne laisse guère de place au doute. Avec la même assurance, il sait tirer les fruits de cette acoustique généreuse en exhortant l'ensemble, porté par le rang des cuivres, dans les dernières mesures de la partition.

Bertrand Chamayou rejoint la scène pour le Concerto pour piano et orchestre n° 2 de Camille Saint-Saëns. D'une basse retentissante, il fait taire la salle et entonne d'une sonorité ferme une ligne douloureuse, inspirée de Bach, qui s'émancipe bientôt en une page de virtuosité davantage lisztienne. En très peu de temps, Bertrand Chamayou aura convaincu ceux qui l'écoutaient de sa maîtrise sans faille et de la variété remarquable de son discours, faisant montre d'une capacité d'adaptation particulièrement appréciée dans cette partition stylistiquement riche.

La cadence initiale s'achève avec une puissance que l'orchestre intègre immédiatement, cédant toutefois très vite la place à un thème lyrique où s'illustrent les bois en de multiples et discrets contrechants. On retrouve la précision d'orfèvre de Fabien Gabel dans l'« Allegro scherzando » central : le maestro veille toujours à trouver avec ses musiciens la meilleure expression, modère quelques archets trop fougueux, convie un pupitre à davantage d'écoute, créant en somme une admirable intelligence dans l'orchestre. Au contact du piano de Chamayou, la jeune phalange offre de ce concerto un souvenir mémorable par l'exemplarité de son interprétation. Le « Presto » final confirme cette osmose et s'achève en triomphe. Le soliste ovationné propose en bis la Pavane pour une infante défunte de Ravel, véritable hymne local dans lequel il use de beaucoup de souplesse afin de relever chaque couleur de la partition.

Bertrand Chamayou © Marco Borggreve / Warner Classics
Bertrand Chamayou
© Marco Borggreve / Warner Classics

Stravinsky, qui a vécu quelques années sur la côte basque, aurait certainement été heureux de voir avec quel enthousiasme l'OFJ a donné son Petrouchka (dans sa version de 1911). Vif et sonore, le solo de flûte qui ouvre ce célèbre ballet formule de suite une grande promesse pour la demi-heure à venir. Les incessants efforts de l'orchestre pour faire entendre toute la vie qui anime ces festivités russes imaginaires sauront y répondre avec une force remarquable. Les pupitres rivalisent d'inventions, s'échangent motifs et mélodies dans une polyphonie parfaitement réglée par la baguette résolue de Fabien Gabel. Les rares imperfections de l'exécution sont insignifiantes, très vite effacées par la cohésion de l'ensemble. C'est certainement là sa principale force : l'OFJ est parvenu en quelques semaines à façonner un son qui lui est propre et à transcender la partition dans un effort commun. Ravel est à nouveau mis à l'honneur en bis, avec la première de ses huit Valses nobles et sentimentales, pièce brillante qui laisse éclater l'enthousiasme de l'orchestre, bientôt rejoint par l'auditoire.

 

 

 

https://bachtrack.com/fr_FR/critique-chamayou-gabel-orchestre-francais-des-jeunes-festival-ravel-eglise-saint-jean-de-luz-septembre-2019